Andrea

4. Livrée de temple

Encore une fois, c’est la nuit que je viens ici.

Il faudra que je raconte l’histoire absurde qui m’est arrivée à la cafétéria du supermarché l’autre jour.

Il faudra vraiment que j’écrive sur Rohmer.

Ou plutôt, à partir de…

Et bien sûr je n’oublie pas la rencontre avec Emilie. Je vais y arriver !

Je pense encore à Anna, et à mon échec cuisant.

Avec le temps, la douleur diminue.

Toujours la même douleur que je traîne comme un boulet. Mes actes manqués ne servent qu’à la raviver.

Une douleur douce et insupportable à la fois.

Je n’arrive pas à travailler.

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C’est la nuit que je viens

mais les larmes, elles, ne viennent pas.

J’espérais qu’elles viendraient.

J’espérais que tenir ce journal m’obligeraient à remuer le couteau tant et si bien que ça finirait par sortir.

Peut-être qu’il faut simplement persévérer.

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Il faudra que je parle de mes obsessions sexuelles.

Du polyamour.

De beaucoup d’autres choses.

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Oui, je l’ai appelée Anna, et même Anna Karénine, à un moment, parce que c’est ce que je suis en train de lire.

D’ailleurs, elle est russe, ça collait plutôt bien.

Mais ce n’est pas un hasard si j’ai choisi ce livre peu après le fameux week-end. Il doit être dans ma bibliothèque depuis 20 ans, mais je ne l’avais jamais ouvert.

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Je pense à Cécile, aussi, dont je n’ai pas de nouvelles depuis plus d’un mois. Et à qui je n’en ai pas données.

Je pense à Alice, dont je n’ai pas de nouvelles depuis des années. Même si je lui ai écrit un message au milieu de l’été pour lui dire que j’étais dans les parages et qu’on pourrait prendre un café. Vaine tentative. Elle n’était pas là. Elle m’a dit qu’elle avait pensé à moi. Je l’ai crue. Elle m’a dit qu’on se reverrait bientôt. Je l’espère.

C’est terrible, les associations d’idées, parce que quand on commence à s’arrêter… je veux dire : quand on commence, on ne peut plus s’arrêter !

Suivant cet effet liste, j’ai pensé à bien d’autres personnes encore, mais je vais m’arrêter là pour le moment..

Ah et il faudra que je raconte comment je suis arrivée sur ce site.

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Mais avant de parler de tout cela (if ever..), il vient de se passer quelque chose :

Une amie vient de m’annoncer qu’elle allait aux HP.

Ca faisait un moment que j’essayais de la joindre, elle me disait qu’elle avait des soucis en ce moment, elle devait me rendre un truc et j’étais un peu agacée. Et tout à l’heure, un texto pour me dire qu’elle dormait à l’hôpital ce soir.

Heureusement, elle a bien voulu que je l’appelle. Elle m’avait prévenue qu’elle serait sûrement incohérente, mais ça a été. Elle attendait à l’hôpital qu’on lui dise quoi faire. L’entendre parler m’a rassurée. On a blagué, comme d’habitude. Parlé des gens qu’on connaissait. Je vais être amenée à la revoir bientôt. Enfin, j’espère.

Elle a été transférée d’un hôpital à un autre dans la nuit, en ambulance, avec les sirènes. Ca l’a impressionnée, elle m’a envoyée une vidéo via Diaspora*. Même dans cette situation (ou.. surtout dans cette situation?), elle ne perd pas le sens de l’humour.

Elle m’a envoyé d’autres photos. Dont une de sa nouvelle 'tenue'. Je lui ai dit que ça ressemblait à un habit pour aller au temple…

Zut.

Je n’y arrive pas.

Je n’arrive pas à quoi ? ?

Je n’arrive pas à dire CE QU’IL FAUT DIRE ! !

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Il n’y a rien qu’il faille dire.

On dit ce qu’on veut.

On dit ça…

Ok. Mais qu’est-ce que je veux dire ?

Je veux dire que je garde espoir. C’est tout.

C’est tout pour le moment.